Prise en charge des enfants victimes de violence
Parcours intégré santé–social–justice selon le guide EVV, le DTIPE et le protocole territorial de protection de l’enfance.
Repérage, accueil et sécurisation
Identifier l’enfant victime ou en danger et le placer dans un cadre protecteur.- Accueillir l’enfant dans un lieu calme, rassurant, confidentiel et adapté à son âge.
- Vérifier si l’accompagnant est protecteur ; éviter la présence de l’auteur présumé pendant l’entretien.
- Traiter immédiatement les urgences : douleur, traumatisme, détresse psychologique, risque suicidaire, danger de retour au domicile.
- Informer l’enfant avec des mots simples : qui intervient, pourquoi, et ce qui va se passer.
Écoute et anamnèse adaptée
Recueillir les éléments utiles sans mener l’enquête judiciaire.- Utiliser des questions ouvertes, simples, non suggestives ; respecter les silences et les hésitations.
- Noter le type de violence : physique, sexuelle, psychologique, négligence, exploitation, traite, mariage forcé ou autre.
- Identifier la date, la répétition, le lieu, l’auteur présumé, le lien avec l’enfant, les témoins et le contexte familial.
- Repérer les signes : peur, culpabilité, mutisme, agressivité, troubles du sommeil, plaintes somatiques, fugue, conduites à risque.
Examen médical, soins et prise en charge psychologique
Soigner, documenter et orienter selon le niveau de gravité.- Examen général, somatique, neurologique ; examen gynécologique ou anal uniquement si indiqué, avec précaution et consentement adapté.
- Traitement des blessures, douleur, tétanos, infections ; examens complémentaires, radiologie, biologie ou toxicologie si nécessaire.
- En cas de violence sexuelle : prévention grossesse/IST/VIH selon âge et délai, prélèvements médico-légaux, orientation spécialisée.
- Hospitalisation si urgence médicale, danger immédiat, détresse psychologique majeure, risque suicidaire ou impossibilité de retour sécurisé.
- Évaluer anxiété, dépression, stress post-traumatique, troubles du comportement, idées suicidaires.
- Orienter vers psychologue ou psychiatre ; soutenir aussi l’adulte protecteur.
Signalement, certificat et orientation dans le réseau
Activer la protection judiciaire et sociale lorsque nécessaire.- Rédiger le certificat médico-légal sur demande ou selon procédure ; conserver une copie au dossier.
- Signaler au parquet ou aux autorités compétentes si l’enfant est en danger, victime de violence grave, sexuelle, négligence sévère ou exploitation.
- Orienter vers unité intégrée, CAPE, cellule judiciaire, police/gendarmerie, unité de protection de l’enfance, association ou hébergement.
- Assurer la référence/contre-référence pour éviter que l’enfant soit perdu dans le circuit.
Procédure détaillée de l’assistant(e) social(e)
Accueil, entretien, diagnostic social, protection, coordination et suivi de l’enfant.- Recevoir l’enfant dans un espace calme, sécurisant et adapté à son âge ; éviter la présence de l’auteur présumé ou d’un accompagnant intimidant.
- Se présenter simplement, expliquer que l’objectif est de l’aider et de le protéger, et réduire l’attente et les déplacements inutiles.
- Utiliser des paroles rassurantes : « je te crois », « ce n’est pas ta faute », « tu as bien fait d’en parler », « tu ne vas pas rester seul ».
- Observer l’état émotionnel et le langage non verbal : peur, mutisme, agitation, tristesse, culpabilité, comportement évitant ou hypervigilance.
- Assurer les besoins immédiats : sécurité, soins, alimentation, hygiène, vêtements, présence d’un adulte protecteur ou mise à distance du danger.
- Mener l’entretien dans un lieu isolé, avec empathie et sans apitoiement ; ne jamais traiter l’enfant comme un simple « cas ».
- Utiliser des questions ouvertes et non suggestives, un langage simple, des reformulations et une validation des propos de l’enfant.
- Respecter les silences et les réticences, particulièrement en cas d’abus sexuel ; ne pas faire répéter inutilement les faits.
- Identifier l’adulte protecteur, les personnes à risque, la situation de garde, les conditions de retour à domicile, la scolarité et les besoins médicaux.
- Quand la famille est présente, distinguer l’entretien avec l’enfant de l’entretien familial si nécessaire pour garantir sa sécurité et sa liberté de parole.
- Recueillir les informations utiles : composition familiale, logement, ressources, école, documents, couverture médicale, antécédents de violence, négligence ou exploitation.
- Évaluer le risque immédiat : auteur au domicile, menace, violence sexuelle, blessures graves, absence d’adulte protecteur, risque de fugue, suicide ou retour dangereux.
- Apprécier les capacités de protection de la famille et les ressources disponibles : parent protecteur, famille élargie, école, association, CAPE, unité de protection.
- Construire avec l’équipe médico-psychologique une conduite à tenir : retour sécurisé, hospitalisation, placement, signalement, orientation CAPE ou suivi social renforcé.
- Informer l’enfant et sa famille de leurs droits, de l’organisation judiciaire et des procédures possibles, avec des mots adaptés à l’âge de l’enfant.
- Assurer un soutien psychosocial de première ligne : aider l’enfant à comprendre qu’il n’est pas responsable, à exprimer ses émotions et à retrouver un sentiment de sécurité.
- Accompagner l’accès aux soins : aider l’enfant et l’adulte protecteur à accepter l’examen, comprendre le certificat, suivre les traitements et se présenter aux rendez-vous.
- Travailler sur l’environnement : médiation et sensibilisation de la famille si cela protège l’enfant, étayage socio-éducatif, aide à l’organisation familiale.
- Préparer la réinsertion scolaire avec les unités d’écoute ou l’établissement scolaire, surtout après violence, fugue, grossesse suite à viol, abandon familial ou rupture scolaire.
- Orienter vers psychologue/psychiatre, CAPE, unité de protection de l’enfance, justice, police/gendarmerie, ONG, centre d’écoute, hébergement ou protection sociale selon les besoins.
- Jouer le rôle de relais entre l’unité hospitalière et les partenaires : tribunal, police, gendarmerie, CAPE, unités de protection, école, associations et centres d’écoute.
- Rédiger les fiches de liaison, renseigner le système d’information EVV, vérifier que le dossier médical est bien complété par le médecin et archiver les pièces.
- Établir les rapports statistiques et documents de suivi demandés par le programme national ou l’unité intégrée.
- Maintenir le lien avec les partenaires pour recevoir un feedback sur l’orientation, éviter la rupture de parcours et réajuster l’intervention si nécessaire.
- Évaluer la qualité de sa propre intervention : pertinence des ressources mobilisées, sécurité obtenue, évolution de l’enfant, maintien scolaire, accès aux soins et stabilité du milieu protecteur.
Un guide construit avec vous, pour nous tous
Vos remarques, corrections, expériences de terrain, documents utiles, contacts de partenaires, modèles de fiches, références juridiques ou propositions d’amélioration sont les bienvenus. L’objectif est de faire de ce guide une maison professionnelle partagée : un lieu où chacun peut apprendre, contribuer, améliorer les pratiques et renforcer la qualité de l’accompagnement des personnes vulnérables.
Outils d'évaluation — Enfants victimes de violence
Repérage, danger, santé, famille et orientation.
- Lésions répétées ou incohérentes avec le récit
- Peur d’un parent ou accompagnant
- Retard de soins, négligence, malnutrition
- Troubles du comportement, fugues, mutisme
- Suspicion de violence sexuelle ou exploitation
- Auteur présumé au domicile
- Risque suicidaire ou détresse majeure
- Absence d’adulte protecteur
- Violence sexuelle récente
- Besoin d’hospitalisation ou placement urgent
Références légales — Enfants victimes de violence
Protection de l’enfance, procédure pénale et coordination territoriale.
Lois, décrets et déclarations
Cadre légal national et mécanismes territoriaux
Circulaires ministérielles
Organisation, suivi et amélioration du dispositif de prise en charge
Guides et documents de référence
Outils techniques pour les professionnels de santé et du travail social
Suivi & clôture — Enfants victimes de violence
La sortie n’est validée que si la protection est effective.
Critères de sortie sécurisée
- Enfant médicalement stabilisé et suivi programmé.
- Évaluation psychologique réalisée ou orientation fixée.
- Adulte protecteur identifié ou mesure de placement/protection déclenchée.
- Signalement fait si nécessaire et partenaire identifié.
- Dossier médical, social, certificat et fiches de liaison archivés.