Prise en charge des femmes victimes de violence
Parcours sanitaire, médico-légal, médico-social et territorial selon le guide FVV, la loi 103-13 et le protocole territorial de Tanger.
Accueil sécurisé et soutien de première intention
Recevoir, rassurer, écouter, valider, identifier les besoins urgents.Actions
- Installer la victime dans un espace calme, discret et confidentiel, loin de l’auteur présumé ou de tout accompagnant non souhaité.
- Se présenter, expliquer son rôle et obtenir son accord pour les étapes de prise en charge.
- Écouter sans jugement, valider sa parole et rappeler que la violence subie n’est pas de sa faute.
- Évaluer immédiatement la sécurité : menace actuelle, risque de récidive, présence d’armes, menaces de mort, enfants exposés, isolement, absence d’hébergement.
- Répondre aux besoins immédiats : soins, protection, hébergement, transport, contact d’une personne de confiance, orientation vers police/gendarmerie si elle le souhaite ou si danger majeur.
Anamnèse et évaluation globale
Comprendre les faits, le danger, le contexte familial et les besoins.Données à recueillir
- Identité, âge, état matrimonial, profession, adresse, téléphone sûr, personne de confiance.
- Type de violence : physique, sexuelle, psychologique, économique, conjugale, familiale, numérique ou autre.
- Date, lieu, fréquence, ancienneté, auteur présumé, lien avec la victime, existence de témoins.
- Présence d’enfants exposés, grossesse, handicap, dépendance économique, besoin d’hébergement.
En cas de violence sexuelle
- Préciser le délai depuis l’agression, type d’actes, pénétration éventuelle, contrainte, douleurs, saignements.
- Demander si toilette, changement de vêtements, prise de médicaments ou perte de connaissance.
- Informer sur l’intérêt médical et médico-légal d’une prise en charge rapide.
Prise en charge médicale et psychologique
Soins, examen clinique, traitement, prévention et orientation spécialisée.- Évaluer l’urgence vitale ou fonctionnelle, traiter la douleur, les plaies, contusions, fractures, brûlures, strangulation ou traumatismes.
- Réaliser l’examen physique avec consentement ; la victime peut refuser ou interrompre l’examen.
- En cas d’agression sexuelle : contraception d’urgence, prévention IST/VIH selon délai, bilan biologique, grossesse, hépatite B, prélèvements médico-légaux si indiqués.
- Hospitaliser ou référer vers gynécologie, chirurgie, psychiatrie, médecine légale, urgences ou autre spécialité selon gravité.
- Dépister anxiété, culpabilité, honte, troubles du sommeil, stress post-traumatique, dépression et risque suicidaire.
- Orienter vers psychologue ou psychiatre en cas de détresse majeure, mutisme, agitation, idées suicidaires ou troubles sévères.
Certificat médico-légal, signalement et preuves
Documenter objectivement sans se substituer à l’enquête judiciaire.Certificat médico-légal
- Décrire précisément les déclarations rapportées, les lésions observées, leur localisation, taille, forme, couleur, douleur et retentissement.
- Rester objectif : ne pas qualifier juridiquement les faits, ne pas conclure à la culpabilité de l’auteur présumé.
- Remettre le certificat selon les règles applicables et conserver une copie dans le dossier.
Signalement et coordination
- Informer le parquet dans les situations de danger grave, violence sexuelle, mineure exposée, incapacité de se protéger ou nécessité de mesure urgente.
- Coordonner avec la direction, l’unité intégrée, police/gendarmerie, cellule judiciaire, association ou structure d’hébergement selon besoin.
Procédure détaillée de l’assistant(e) social(e)
Relation d’aide, diagnostic social, plan de sécurité, orientation, coordination et traçabilité.- Recevoir la femme dans un espace confidentiel, vérifier qu’elle accepte l’entretien et qu’aucun accompagnant ne parle à sa place.
- Se présenter comme professionnel d’aide et d’orientation, expliquer le rôle du service social et les limites de la confidentialité en cas de danger grave ou d’enfant exposé.
- Créer une relation de confiance : écoute active, reformulation, validation de la parole, absence de jugement et respect du rythme de la victime.
- Rassurer la victime : elle n’est pas responsable de la violence, elle a droit aux soins, au certificat médical, à l’information et à l’accompagnement.
- Identifier les besoins immédiats : soins urgents, protection, hébergement, transport, vêtements, alimentation, médicaments, personne de confiance, sécurité des enfants.
- Établir un diagnostic social complet : logement, ressources, emploi, dépendance économique, documents administratifs, couverture médicale, réseau familial et isolement.
- Évaluer le danger : menaces de mort, strangulation, armes, violences répétées, escalade, auteur présent à l’hôpital, impossibilité de retour à domicile, enfants exposés.
- Analyser la situation familiale : présence d’enfants, grossesse, personne vulnérable à charge, possibilité d’un adulte protecteur, risque de représailles ou de pression familiale.
- Classer les besoins selon l’urgence : danger immédiat, besoin médical, besoin psychologique, besoin juridique, besoin d’hébergement, besoin économique et besoin de suivi.
- Ne pas décider à la place de la femme ; construire avec elle un diagnostic partagé et un plan d’action réaliste.
- Faciliter le passage vers médecin, urgences, gynécologie, psychiatrie, médecine légale ou unité intégrée selon la situation.
- Vérifier que la femme a compris les étapes médicales : examen, soins, certificat, prélèvements, prophylaxie, suivi et rendez-vous spécialisés.
- Aider à l’accès aux médicaments, examens, hospitalisation ou transport, y compris par mobilisation du fonds social ou des partenaires lorsque nécessaire.
- Prévenir la rupture de parcours : accompagner physiquement si besoin dans l’hôpital, organiser les rendez-vous et noter les références/contre-références.
- Assurer un soutien émotionnel de première ligne sans se substituer au psychologue : aider la femme à verbaliser, à identifier ses ressources et à reprendre le contrôle.
- Orienter vers psychologue ou psychiatre en cas de traumatisme, anxiété majeure, dépression, mutisme, agitation, idées suicidaires ou demande explicite.
- Travailler l’autonomisation : information sur les droits, affirmation de soi, prise de décision, dévictimisation, gestion des émotions et résolution de problèmes.
- Respecter le choix de la femme : plainte, non-plainte, retour au domicile, hébergement, médiation ou séparation, tout en documentant le risque et les conseils donnés.
- Informer sur les options disponibles : plainte, cellule judiciaire, police/gendarmerie, parquet, aide juridique, certificat médical, protection de l’enfant gardé par la victime.
- Construire un plan de sécurité si retour au domicile : numéros utiles, personne de confiance, sac d’urgence, copies de documents, certificat, médicaments, vêtements et stratégie de sortie.
- Orienter vers hébergement d’urgence, Entraide Nationale, associations, centre d’écoute, aide économique ou médiation familiale uniquement si cela est sûr et souhaité.
- Rédiger et transmettre les fiches de liaison internes et externes uniquement aux partenaires nécessaires, dans le respect de la confidentialité.
- Consigner les données dans le registre, le dossier médico-social et l’application du système d’information du programme national lorsqu’elle est disponible.
- Préparer le rapport périodique et le bilan annuel de l’unité, assurer l’archivage du dossier médical, social, certificats, formulaires et notifications.
- Maintenir le lien avec les partenaires : justice, police/gendarmerie, ONG, hébergement, santé mentale, services sociaux ; demander un retour sur l’orientation effectuée.
- Programmer un suivi : appel sécurisé, rendez-vous social, contrôle médical, suivi psychologique, confirmation de l’hébergement ou de la mesure de protection.
Un guide construit avec vous, pour nous tous
Vos remarques, corrections, expériences de terrain, documents utiles, contacts de partenaires, modèles de fiches, références juridiques ou propositions d’amélioration sont les bienvenus. L’objectif est de faire de ce guide une maison professionnelle partagée : un lieu où chacun peut apprendre, contribuer, améliorer les pratiques et renforcer la qualité de l’accompagnement des personnes vulnérables.
Outils d'évaluation — Femmes victimes de violence
Checklists opérationnelles pour l’assistant(e) social(e) et l’unité hospitalière.
- Auteur présent ou susceptible de rejoindre la victime
- Menaces de mort, étranglement, arme, violences répétées
- Enfants exposés ou menacés
- Victime sans logement sûr ou sans moyen de retour sécurisé
- Besoin d’hospitalisation ou d’hébergement d’urgence
- Identité et moyen de contact sécurisé
- Type de violence, date, auteur présumé, contexte
- Examen médical / certificat / orientation
- Évaluation psychologique et sociale
- Fiche de liaison, partenaires contactés, plan de suivi
Références légales — Femmes victimes de violence
Cadre juridique, institutionnel, circulaires ministérielles, guides et documents de référence.
Lois, décrets et déclarations
Cadre légal national et mécanismes territoriaux
Circulaires ministérielles
Organisation, suivi et amélioration du dispositif de prise en charge
Guides et documents de référence
Outils techniques pour les professionnels de santé et du travail social
Suivi & clôture — Femmes victimes de violence
La clôture n’est possible que si la victime est sécurisée, informée et orientée.
Plan de suivi
- Rendez-vous médical ou spécialisé fixé si nécessaire.
- Orientation psychologique ou psychiatrique programmée.
- Orientation sociale / hébergement / association confirmée.
- Victime dispose d’un certificat, de contacts utiles et d’un plan de sécurité.
- Dossier médical et social archivé, fiche de liaison transmise uniquement aux partenaires nécessaires.