Cas Pratiques
📚 Études de cas médico-sociales

Cas pratiques par population

Cette section rassemble des études de cas réels et fictifs illustrant la conduite à tenir dans les situations sociales hospitalières complexes. Chaque cas détaille le contexte, l'évaluation, les démarches effectuées, les partenaires mobilisés et les documents constitués. Les cas sont organisés par population et peuvent être utilisés à des fins de formation, de supervision et de référence professionnelle.

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Femmes victimes de violence

Accueil sécurisé, certificat médical, protection, orientation et suivi.

Femmes victimes de violence — 34 ans Violence physique conjugale Femme mariée avec enfants
CAS 1 — Violence physique conjugale avec danger immédiat

Madame A., âgée de 34 ans, mariée et mère de deux enfants, est admise au service des urgences accompagnée de sa sœur. Elle présente plusieurs ecchymoses au visage et aux bras, une douleur thoracique ainsi qu'un état d'anxiété important.

Contexte et vulnérabilités

Lors de l'entretien, la patiente déclare avoir été agressée physiquement par son conjoint à la suite d'un conflit familial. Elle rapporte des violences répétées depuis plusieurs années avec aggravation récente : coups, menaces, destruction d'objets et contrôle des déplacements. La victime exprime une peur importante de retourner au domicile conjugal. Les enfants auraient assisté à plusieurs scènes de violence.

🚨 Danger immédiat avéré. Le conjoint est susceptible de revenir. Les enfants sont exposés. Le retour au domicile sans plan de sécurité est contre-indiqué.
Cadre juridique applicable
  • Loi n° 103-13 : lutte contre les violences faites aux femmes, mécanismes de protection et d'orientation
  • Décret d'application de la loi n° 103-13 : fonctionnement des cellules locales et régionales
  • Code pénal : articles relatifs aux coups et blessures, violences conjugales répétées, menaces graves
  • Circulaire n° 162 : gratuité du certificat médico-légal pour les femmes victimes de violence
  • Protocole territorial de coordination santé-justice-social
  • Guide de la prise en charge sanitaire des femmes victimes de violence : lignes directrices professionnelles
Rôle de l'assistant(e) social(e)
  • Accueillir la victime dans un espace sécurisé et confidentiel, loin du conjoint ou de toute pression familiale.
  • Établir une relation d'aide basée sur l'écoute active, la validation de la parole et l'absence de jugement.
  • Évaluer immédiatement le niveau de danger : risque de récidive, menaces graves, présence d'enfants exposés et possibilité de retour sécurisé au domicile.
  • Évaluation de la situation des enfants exposés : signalement si nécessaire.
  • Coordonner avec l'équipe médicale pour garantir la continuité des soins et l'établissement du certificat médico-légal.
  • Coordonner avec le psychologue pour garantir une prise en charge et un suivi psychologique.
  • Informer la victime sur ses droits : dépôt de plainte, protection judiciaire, hébergement d'urgence, assistance juridique et structures d'écoute.
  • Orienter vers une association spécialisée et organiser un suivi social post-hospitalisation.
  • Documenter l'intervention dans le registre des Femmes victimes de violence et le System d'information et assurer la traçabilité des orientations effectuées.
Points de vigilance : ne pas minimiser les violences, éviter toute médiation imposée, ne jamais pousser la victime à retourner au domicile contre sa volonté lorsque le danger persiste. Penser aux enfants exposés : évaluer s'ils nécessitent une protection spécifique.
Documents à constituer
📄 Certificat médico-légal (gratuit) 📄 Fiche de liaison association / hébergement 📄 Fiche FVV renseignée 📄 Signalement enfants exposés (si nécessaire)
Partenaires mobilisés
🏥 Urgences / Médecine générale 🧠 Psychologue 🚔 Police / Gendarmerie ⚖️ Cellule judiciaire / Parquet 🏘️ Hébergement d'urgence 🤝 Association spécialisée FVV 👶 Unité de protection de l'enfance (si enfants exposés)
Femmes victimes de violence — 41 ans Violence psychologique Isolement et dépendance économique
CAS 2 — Violence psychologique et emprise conjugale

Madame S., âgée de 41 ans, consulte au service des urgences pour fatigue chronique, troubles du sommeil, anxiété et douleurs diffuses.

Contexte et vulnérabilités

Au cours de l'entretien social, elle décrit une relation conjugale marquée par les humiliations, les insultes répétées, le contrôle des communications, l'interdiction de travailler ainsi qu'un isolement progressif vis-à-vis de sa famille. La patiente ne présente pas de lésions physiques visibles mais rapporte une grande souffrance psychologique, une perte d'estime de soi et une dépendance financière totale envers son conjoint.

⚠️ La violence psychologique peut évoluer vers des violences physiques graves. L'absence de lésions visibles ne signifie pas absence de danger. La dépendance économique est un facteur aggravant majeur qui limite les capacités de sortie.
Cadre juridique applicable
  • Loi n° 103-13 : reconnaissance des violences psychologiques, économiques et de l'emprise conjugale comme formes de violence
  • Décret d'application de la loi n° 103-13 : cellules locales de prise en charge et coordination intersectorielle
  • Code pénal : harcèlement, injures répétées, contrainte, séquestration ou isolement forcé
  • Circulaire n° 162 : gratuité du certificat médico-légal pour les femmes victimes de violence
  • Circulaire n° 018/DP-2020 : engagements du Ministère de la Santé relatifs à la lutte contre la violence conjugale
  • Guide de la prise en charge sanitaire des femmes victimes de violence : lignes directrices professionnelles
  • Manuel d’appui psychologique
Rôle de l'assistant(e) social(e)
  • Entretien social approfondi dans un espace confidentiel ; identifier les mécanismes d'emprise, de domination et d'isolement social affectant l'autonomie de la femme.
  • Évaluation du danger : escalade possible vers violence physique, isolement total, dépendance économique, absence de réseau.
  • Reconnaître et légitimer la souffrance psychologique de la victime, même en l'absence de violences physiques visibles.
  • Évaluer les ressources disponibles : soutien familial, autonomie financière, logement, accès aux droits et couverture sociale.
  • Informer la victime sur les formes de violence reconnues par la loi n° 103-13 et sur les dispositifs d'aide existants.
  • Coordination avec le médecin pour évaluation psychologique et orientation psychiatrique si nécessaire.
  • Orienter vers un accompagnement psychologique afin de travailler le traumatisme, l'estime de soi et la reprise de pouvoir décisionnel.
  • Accompagner progressivement l'autonomisation economique : formation et insertion professionnelle, développement du réseau de soutien a travers les associations spécialisées.
  • Mise en place d'un suivi social régulier avec rendez-vous programmés pour prévenir la rupture de parcours.
  • Archivage du dossier et renseignement du système d'information FVV.
Points de vigilance : ne pas invalider la souffrance en l'absence de lésions visibles. L'emprise psychologique fragilise la capacité de décision de la victime : respecter son rythme sans la presser. Travailler l'autonomisation sur le long terme.
Documents à constituer
📄 Bilan médical documenté 📄 Fiche de liaison psychologique 📄 Fiche de liaison association / centre d'écoute 📄 Fiche FVV renseignée
Partenaires mobilisés
🏥 Médecine générale 🧠 Psychologue / Psychiatre 🤝 Association spécialisée FVV 📞 Centre d'écoute 🏘️ Entraide Nationale ⚖️ Aide juridique / Cellule FVV judiciaire 💼 Services d'insertion professionnelle
Femmes victimes de violence — 22 ans Violence sexuelle PEC médico-légale et psychosociale
CAS 3 — Violence sexuelle et traumatisme aigu

Madame N., âgée de 22 ans, est admise aux urgences quelques heures après une agression sexuelle survenue lors d'un déplacement.

Contexte et vulnérabilités

La patiente se présente dans un état de choc important, avec pleurs, tremblements et difficultés à verbaliser les faits. Elle indique avoir été agressée par une personne connue de son entourage. La victime exprime une peur de représailles familiales et sociales ainsi qu'une hésitation concernant le dépôt de plainte.

🚨 Agression sexuelle récente avec preuves médico-légales encore exploitables. Prise en charge urgente requise pour prélèvements, prévention IST/grossesse et certificat. Évaluer le risque suicidaire et le besoin de protection immédiate.
Cadre juridique applicable
  • Code pénal : articles relatifs au viol, agression sexuelle, attentat à la pudeur avec ou sans violence
  • Loi n° 103-13 : protection des victimes de violence sexuelle, mécanismes de signalement et d'orientation
  • Loi n° 27-14 : si agression liée à une situation de traite, exploitation ou contrainte organisée
  • Circulaire n° 162 : gratuité du certificat médico-légal pour les femmes victimes de violence
  • Guide de la prise en charge sanitaire des FVV : prévention IST/VIH, contraception d'urgence, prélèvements
  • Manuel d’appui psychologique
Rôle de l'assistant(e) social(e)
  • Accueillir la victime avec calme et bienveillance, en limitant au maximum les répétitions du récit traumatique.
  • Garantir la confidentialité et vérifier le consentement de la victime pour chaque étape de la prise en charge.
  • Informer la victime de ses droits sans exercer de pression concernant le dépôt de plainte.
  • Évaluer le risque suicidaire, l'état psychologique et les besoins immédiats de protection.
  • Évaluation du besoin de protection : retour sécurisé possible ? hébergement d'urgence nécessaire ?
  • Coordonner rapidement avec l'équipe médicale pour : examen clinique, prélèvements médico-légaux, prévention IST/VIH, contraception d'urgence et certificat médico-légal.
  • Établissement du certificat médico-légal gratuit par le médecin et conservation d'une copie au dossier.
  • Orienter vers un soutien psychologique / psychiatre et archiver une copie de la fiche de liaison.
  • Mobiliser les partenaires adaptés : cellule judiciaire, association spécialisée, hébergement sécurisé ou personne de confiance.
  • Assurer un suivi post-traumatique afin de prévenir les ruptures de soins et l'isolement social.
  • Archivage du dossier et renseignement du système d'information FVV.
Points de vigilance : respecter le rythme de la victime, éviter toute attitude culpabilisante, protéger les preuves médico-légales et assurer une prise en charge rapide. Ne pas exercer de pression concernant la plainte : c'est un droit, pas une obligation.
Documents à constituer
📄 Certificat médico-légal (gratuit) 📄 Rapport de prélèvements médico-légaux 📄 Fiche de liaison psychologique 📄 Fiche de liaison association / hébergement 📄 Fiche FVV renseignée
Partenaires mobilisés
🏥 Urgences 🏥 Médecin Légiste 🧠 Psychologue / Psychiatre ⚖️ Cellule FVV judiciaire / Parquet 🚔 Police / Gendarmerie 🏘️ Hébergement d'urgence 🤝 Association spécialisée FVV 📞 Centre d'écoute
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Enfants victimes de violence

Repérage, protection, signalement, coordination et accompagnement.

Urgence médico-sociale — 8 ans Maltraitance physique grave Hospitalisation en urgence
CAS 1 — Enfant admis aux urgences avec des lésions suspectes

Un garçon de 8 ans est amené aux urgences par sa mère pour des douleurs abdominales. L'examen médical révèle des ecchymoses multiples à différents stades de cicatrisation, des marques compatibles avec des coups répétés et une fracture ancienne non traitée. Le récit de la mère est incohérent avec les lésions observées.

Contexte et vulnérabilités

L'enfant est scolarisé mais présente un absentéisme important signalé par son école. Il est discret, répond peu aux questions et manifeste une peur visible à la présence de sa mère. L'examen médical révèle des lésions répétées incompatibles avec les explications fournies. Le père est absent du foyer. La famille vit en situation de précarité. L'enfant a deux frères et sœurs plus jeunes.

🚨 Situation de maltraitance physique grave avec répétition avérée. Danger immédiat pour l'enfant et possiblement pour ses frères et sœurs. Signalement obligatoire selon la procédure de l'unité intégrée.
Cadre juridique applicable
  • Loi n° 103-13 : protection des enfants victimes de violences physiques
  • Code pénal : articles relatifs aux violences et mauvais traitements sur mineur
  • Code pénal : articles 299, 431, 446 relatifs au signalement juridique, non assistance à personne en danger et non dénonciation d’un crime
  • Circulaire n° 11-2019 du Chef du Gouvernement : dispositif territorial de protection de l'enfance
  • Convention relative aux droits de l'enfant : droit à la protection contre toutes les formes de violence
  • Normes et standards du Programme National de santé pour la prise en charge des EVV
  • Protocole de Marrakech de coordination santé-justice-social
  • Protocole territorial de prise en charge des enfants en situation de vulnérabilité
Rôle de l'assistant(e) social(e)
  • Accueillir l'enfant séparément dans un espace sécurisé, loin de l'accompagnant présumé maltraitant et en présence d'un professionnel de santé.
  • Observer et noter le comportement de l'enfant : peur, mutisme, hypervigilance, soumission ou agressivité.
  • Mener un entretien adapté à l'âge avec questions ouvertes, sans orienter les réponses ni faire répéter les faits.
  • Signalement en urgence à la hiérarchie hospitalière pour le Signalement Juridique selon la loi en vigueur (voir Normes et standards du Programme National de santé pour la prise en charge des EVV page 90).
  • Coordonner avec le médecin pour le certificat médico-légal décrivant les lésions, leur localisation et leur ancienneté.
  • Soutien psychologique de l'enfant : orientation vers psychologue ou psychiatre.
  • Évaluer le danger immédiat : retour au domicile possible ou non, présence de fratrie exposée, capacité de protection d'un adulte dans l'entourage.
  • Organisation d'un placement provisoire si le retour au domicile est impossible ou dangereux.
  • Assurer la liaison avec le CAPE et les partenaires judiciaires jusqu'au transfert sécurisé.
  • Renseigner le système d'information EVV, archiver toutes les pièces du dossier.
Points de vigilance : ne jamais confronter l'auteur présumé en présence de l'enfant. Ne pas promettre à l'enfant le retour au domicile sans garantie de sécurité. Penser à la fratrie : évaluer si d'autres enfants du foyer sont exposés au même danger.
Documents à constituer
📄 Certificat médico-légal 📄 Signalement au Procureur du Roi 📄 PV police / gendarmerie 📄 Fiches de liaison 📄 Fiche EVV renseignée
Partenaires mobilisés
🏥 Urgences 🏥 Médecin Légiste 🧠 Psychologue / Psychiatre ⚖️ Procureur du Roi 🚔 Police / Gendarmerie 👶 Unité de protection de l'enfance 🏢 CAPE 🤝 Associations de protection de l'enfance
Violence sexuelle — 11 ans Auteur connu de l'entourage PEC médico-légale urgente
CAS 2 — Violence sexuelle sur mineure, prise en charge médico-légale et protection judiciaire

Une fillette de 11 ans est amenée aux urgences par sa mère après avoir révélé des faits d'abus sexuels répétés commis par un membre de la famille élargie habitant sous le même toit. La mère est en état de choc. La fillette présente une grande détresse émotionnelle.

Contexte et vulnérabilités

La fillette a révélé les faits spontanément à sa mère. L'auteur présumé, un membre de la famille élargie, partage le logement familial. Les faits auraient commencé il y a plusieurs mois. L'enfant présente des signes de stress post-traumatique, une régression comportementale et des troubles du sommeil signalés par la mère. La famille est en situation de dépendance économique vis-à-vis de l'auteur présumé.

🚨 Violence sexuelle répétée sur mineure avec auteur au domicile. Danger immédiat. Le retour au logement familial est impossible sans mise à l'écart effective de l'auteur présumé. Signalement urgent obligatoire.
Cadre juridique applicable
  • Code pénal : articles relatifs au viol, attentats à la pudeur et abus sexuels sur mineur
  • Code pénal : articles 299, 431, 446 relatifs au signalement juridique, non assistance à personne en danger et non dénonciation d’un crime
  • Loi n° 103-13 : protection des victimes de violence sexuelle et mécanismes de signalement
  • Loi n° 27-14 : si exploitation sexuelle ou contrainte organisée
  • Circulaire n° 1590 : gratuité des certificats médico-légaux pour les enfants victimes de violence
  • Circulaire n° 11-2019 du Chef du Gouvernement : dispositif territorial de protection de l'enfance
  • Protocole territorial de Marrakech de protection de l'enfance : coordination santé, justice, social
  • Normes et standards du Programme National de santé pour la prise en charge des EVV
  • Protocole territorial de prise en charge des enfants en situation de vulnérabilité
  • Convention relative aux droits de l'enfant : protection contre toute forme d'exploitation sexuelle
Rôle de l'assistant(e) social(e)
  • Accueillir la fillette dans un espace confidentiel, sécurisant et adapté à son âge ; rassurer avec des paroles simples et directes.
  • Soutenir également la mère (adulte protectrice en état de choc) : lui expliquer les étapes, la rassurer sur son rôle et sur la procédure.
  • Ne pas faire répéter le récit à l'enfant : un seul entretien social soigné, coordonné avec les partenaires judiciaires.
  • Coordonner immédiatement avec le médecin pour : examen gynécologique respectueux, prélèvements médico-légaux dans les délais, prévention IST/grossesse selon l'âge et le délai.
  • S'assurer que l'auteur présumé est éloigné du domicile ou que l'enfant est hébergée ailleurs avant toute sortie.
  • Signalement en urgence à la hiérarchie hospitalière pour le Signalement Juridique selon la loi en vigueur (voir Normes et standards du Programme National de santé pour la prise en charge des EVV page 90).
  • Orienter vers soutien psychologique spécialisé en psychotraumatisme de l'enfant et de la mère.
  • Informer la mère de ses droits et des démarches possibles sans exercer de pression.
  • Préparer la réinsertion scolaire en lien avec l'unité d'écoute scolaire ou l'établissement.
  • Assurer un suivi post-sortie structuré : rendez-vous médicaux, psychologiques, judiciaires, sociaux, CAPE.
  • Renseigner le système d'information EVV, archiver toutes les pièces du dossier.
Points de vigilance : limiter au maximum le nombre de personnes auxquelles l'enfant doit répéter le récit. Ne jamais confronter l'enfant à l'auteur présumé. Garantir la confidentialité à chaque étape. Évaluer l'état psychologique de la mère : un adulte protecteur déstabilisé a besoin de soutien pour pouvoir protéger son enfant efficacement.
Documents à constituer
📄 Certificat médico-légal (gratuit) 📄 Rapport de prélèvements médico-légaux 📄 Signalement au Procureur du Roi 📄 PV police / gendarmerie 📄 Fiche de liaison psychologique 📄 Fiche EVV renseignée
Partenaires mobilisés
🏥 Urgences gynéco-pédiatriques 🧠 Psychologue / Psychiatre ⚖️ Procureur du Roi 🚔 Police / Gendarmerie 👶 Unité de protection de l'enfance 🏢 CAPE 🏘️ Hébergement sécurisé 📚 Unité d'écoute scolaire 🤝 Associations spécialisées EVV
Maltraitance chronique — 13 ans Violence psychologique et négligence Révélation progressive en consultation
CAS 3 — Maltraitance chronique révélée lors d'une consultation : déclenchement du protocole de protection

Un adolescent de 13 ans consulte en médecine générale pour des douleurs diffuses et une fatigue chronique. Au fil de l'entretien, il révèle progressivement une situation de violence psychologique répétée, de négligence sévère et d'exploitation domestique à domicile. Il n'avait jamais parlé à personne.

Contexte et vulnérabilités

L'adolescent est déscolarisé depuis plusieurs mois, sans que les raisons officielles soient claires. Il vit avec ses deux parents et une belle-mère depuis le remariage de son père. Il décrit une atmosphère de rejet, d'humiliations quotidiennes, d'interdiction de contact avec ses camarades et d'obligations domestiques excessives qui l'empêchent de dormir suffisamment et de s'alimenter correctement. Aucune violence physique franche n'est rapportée, mais le tableau de négligence sévère et de violence psychologique est cohérent et répété.

⚠️ La maltraitance psychologique et la négligence sévère sont des formes de violence reconnues par les textes et justifient une procédure de protection, même en l'absence de lésions physiques visibles. La révélation progressive doit être respectée et valorisée.
Cadre juridique applicable
  • Code pénal : articles relatifs aux mauvais traitements, privations, violences habituelles sur mineur
  • Code pénal : articles 299, 431, 446 relatifs au signalement juridique, non assistance à personne en danger et non dénonciation d’un crime
  • Loi n° 103-13 : protections élargies aux enfants victimes de toutes formes de violence
  • Circulaire n° 11-2019 du Chef du Gouvernement : dispositif territorial de protection de l'enfance
  • Normes et standards du programme national de prise en charge des enfants victimes de violence
  • Protocole territorial de prise en charge des enfants en situation de vulnérabilité
  • Convention relative aux droits de l'enfant : droit à la protection contre la négligence et la violence psychologique
  • Législation sur la scolarité obligatoire : l'absentéisme prolongé est en lui-même un signal d'alerte
Rôle de l'assistant(e) social(e)
  • Recevoir l'adolescent dans un espace confidentiel, lui expliquer clairement que la conversation est privée et qu'il a le droit de parler librement.
  • Valoriser la révélation : « tu as bien fait d'en parler », « ce n'est pas normal de vivre comme ça », « ce n'est pas ta faute ».
  • Écouter sans interrompre, respecter son rythme, ne pas forcer les détails ni invalider son ressenti.
  • Évaluer la situation : composition du foyer, conditions de vie, scolarité, alimentation, sommeil, santé, réseau de soutien et accès à des adultes de confiance.
  • Évaluer le danger : niveau de la violence, risque d'escalade, présence d'autres enfants vulnérables au domicile, possibilité d'un adulte protecteur.
  • Signalement en urgence à la hiérarchie hospitalière pour le Signalement Juridique selon la loi en vigueur (voir Normes et standards du Programme National de santé pour la prise en charge des EVV page 90).
  • Construire avec l'équipe médico-psychologique une conduite à tenir adaptée : suivi ambulatoire renforcé, signalement, orientation CAPE ou mesure de placement.
  • Informer l'adolescent de ses droits avec des mots adaptés à son âge ; ne pas décider à sa place mais l'associer aux démarches.
  • Contacter le CAPE pour préparer une réintégration scolaire progressive et sécurisée.
  • Assurer un suivi social et psychologique structuré pour éviter la rupture de parcours et mesurer l'évolution de la situation.
  • Renseigner le système d'information EVV, archiver toutes les pièces du dossier.
Particularité de ce cas : la révélation progressive exige une posture particulière d'écoute active et de patience. Il ne faut ni minimiser (« ce n'est pas si grave »), ni dramatiser de façon à angoisser l'adolescent. L'absence de lésions physiques ne diminue pas la gravité de la situation ni la légitimité de l'intervention.
Documents à constituer
📄 Bilan médical documenté 📄 Signalement au Procureur du Roi (si danger) 📄 Fiche de liaison psychologique 📄 Fiche de liaison scolaire / CAPE 📄 Compte-rendu de concertation pluridisciplinaire 📄 Fiche EVV renseignée
Partenaires mobilisés
🏥 Médecine générale / Pédiatrie 🧠 Psychologue / Psychiatre ⚖️ Procureur du Roi 🚔 Police / Gendarmerie 👶 Unité de protection de l'enfance 🏢 CAPE 📚 Établissement scolaire 📚 Services de scolarisation 🤝 Associations de protection de l'enfance
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Mères célibataires

Écoute, droits, décision de la mère, santé, hébergement et insertion.

Mère majeure — 24 ans Maternité hospitalière Volonté d'abandon
CAS 1 — Mère célibataire majeure exprimant la volonté d'abandonner son enfant

Une femme célibataire de 24 ans accouche à la maternité et exprime sa volonté de ne pas garder son enfant. Précarité extrême, isolement, absence d'hébergement et fragilité psychologique post-partum. L'intervention articule accompagnement de la mère et protection immédiate du nouveau-né.

Contexte et vulnérabilités

La mère est originaire d'une zone rurale. Elle vit dans une grande précarité, ne dispose d'aucune ressource stable et ne bénéficie d'aucun soutien familial ou communautaire. Sa situation révèle un isolement social majeur, une absence d'hébergement sécurisé, une fragilité psychologique possible après l'accouchement et un risque d'abandon non encadré du nouveau-né.

Cadre juridique applicable
  • Code de la famille : filiation maternelle par l'accouchement, même hors mariage
  • Législation état civil : établissement de l'avis de naissance (mère connue, accouchement hospitalier)
  • Loi relative à la kafala : mobilisable si l'enfant est judiciairement déclaré abandonné
  • Constitution marocaine : protection de l'enfant et des personnes vulnérables
  • Loi sur les établissements de protection sociale : encadre l'accueil institutionnel
Conduite à tenir — Étapes clés
  • Accueil confidentiel, entretien social sans pression sur la décision de la mère
  • Évaluation : situation familiale, économique, psychologique, administrative ; besoins immédiats (soins, hébergement, alimentation)
  • Vérifier si la volonté d'abandonner est libre ou liée à une contrainte, une peur, un rejet familial
  • Orientation du nouveau-né vers la pédiatrie : examen médical complet, certificat médical pédiatrique
  • Signalement et coordination avec la gendarmerie royale (circuit rural) : procès-verbal
  • Constitution du dossier de placement : avis de naissance + certificat médical + PV + demande de placement
  • Transfert formalisé et tracé vers le centre d'accueil (ex. Centre Lalla Fatima Zahra Tanger)
  • Avant la sortie de la mère : orientation vers psychologue, hébergement, associations
⚠️ L'intervention sociale doit préserver la dignité de la mère, éviter toute culpabilisation et s'assurer qu'elle quitte l'hôpital avec une orientation adaptée — même si elle maintient sa décision de ne pas garder l'enfant.
Documents à constituer
📄 Avis de naissance 📄 Certificat médical pédiatrique 📄 PV gendarmerie royale 📄 Demande de placement
Partenaires mobilisés
🏥 Maternité 🏥 Pédiatrie ⚖️ Gendarmerie royale ⚖️ Procureur du Roi 🏢 Centre d'accueil enfants abandonnés 🤝 Associations mères célibataires 🏘️ Structures d'hébergement
Mère mineure — 16 ans Violence sexuelle Souhaite garder l'enfant
CAS 2 — Mère célibataire mineure souhaitant garder son enfant

Une jeune fille de 16 ans accouche et déclare vouloir garder son enfant. Fugue familiale, grossesse consécutive à une relation non consentie, rupture scolaire, absence de ressources. Situation de double vulnérabilité : maternité précoce et protection de l'enfance pour la mère elle-même.

Contexte et double vulnérabilité

La jeune mère est simultanément dans une situation de maternité précoce, de vulnérabilité sociale, de possible violence sexuelle et de besoin de protection de l'enfance. Sa minorité impose une protection renforcée. L'intervention doit articuler la prise en charge médicale, la protection judiciaire, le soutien psychologique, l'hébergement sécurisé et la réinsertion.

Cadre juridique applicable
  • Code de la famille : filiation maternelle par l'accouchement et ses effets
  • Loi relative aux violences faites aux femmes : mère célibataire mineur
  • Loi relative à la traite des êtres humains : si exploitation sexuelle, contrainte organisée ou servitude
  • Constitution : protection des femmes et enfants en situation de vulnérabilité
  • Dispositif territorial intégré de protection de l'enfance
Évaluation du contexte de la grossesse

En coordination avec l'équipe médicale et psychologique, rechercher : violence sexuelle, contrainte, exploitation, mariage forcé, fugue, pression familiale, menace, isolement, dépendance économique ou emprise d'un adulte. Ces éléments orientent vers les mécanismes de protection appropriés.

🚨 La situation doit être signalée à la hiérarchie hospitalière selon le circuit interne, car la mère est mineure et la grossesse est déclarée comme résultant d'une violence sexuelle.
Conduite à tenir — Étapes clés
  • Accueil strictement confidentiel et sécurisant, entretien bienveillant adapté à son âge
  • Signalement à la hiérarchie hospitalière (mère mineure + violence sexuelle)
  • Coordination avec les autorités : police (circuit urbain) ou gendarmerie (milieu rural)
  • Information au Procureur du Roi : danger, violence sexuelle, protection judiciaire de mineure
  • Suivi post-partum maternel + examen pédiatrique nouveau-né
  • Orientation psychologique obligatoire : traumatisme, dépression post-partum, difficultés d'attachement
  • Information sur droits, démarches état civil, couverture médicale, en langage adapté à son âge
  • Recherche hébergement sécurisé si retour familial impossible ou dangereux (ex. association Al Karama)
  • Plan de suivi post-sortie renforcé : RDV médicaux, suivi pédiatrique, psychologie, démarches admin
Documents à constituer
📄 Avis de naissance 📄 Certificat médical de l'enfant 📄 Pièce d'identité mère (si disponible) 📄 Transmissions aux autorités 📄 Notes d'orientation psychologique
Partenaires mobilisés
🏥 Maternité 🏥 Pédiatrie 🧠 Psychologue / Psychiatre ⚖️ Procureur du Roi 🚔 Police / Gendarmerie 👶 Protection de l'enfance 🏥 Cellule violences faites aux femmes 🤝 Associations 📚 Services de scolarisation
Mère étrangère — 27 ans Migrante sans pièces d'identité Souhaite garder l'enfant
CAS 3 — Mère célibataire migrante sans documents, difficultés d'état civil et d'accès aux droits

Madame R., 27 ans, ressortissante d'un pays d'Afrique subsaharienne, accouche à la maternité dans un état de grande précarité. Elle ne dispose d'aucun document d'identité valide, ne parle pas arabe, souhaite garder son enfant mais ignore totalement ses droits et les démarches disponibles. Le nouveau-né risque de ne pas être enregistré à l'état civil.

Contexte et vulnérabilités

Madame R. est arrivée au Maroc il y a environ un an. Elle vit dans un hébergement informel avec d'autres personnes migrantes, sans ressources stables ni couverture médicale. La grossesse n'a bénéficié d'aucun suivi prénatal. Elle ne connaît pas le père de l'enfant (relation non consentie déclarée lors de l'entretien).

🚨 Double urgence : santé de la mère et du nouveau-né à sécuriser, et risque d'apatridie de l'enfant si les démarches d'état civil ne sont pas engagées rapidement. La grossesse serait issue d'une relation non consentie : évaluer la nécessité d'un signalement et d'une protection spécifique.
Cadre juridique applicable
  • Loi n° 02-03 relative à l'entrée et au séjour des étrangers : droits et protections des migrants en situation de vulnérabilité.
  • Constitution marocaine — article 30 : droits fondamentaux des étrangers résidant au Maroc.
  • Loi n° 36-21 relative à l'état civil : possibilité d'inscrire l'enfant né au Maroc même de mère étrangère.
  • Code de la nationalité marocaine — articles 6 et 7 : enfant né au Maroc de parents étrangers inconnus ou apatrides.
  • Loi n° 27-14 relative à la traite des êtres humains : mobilisable si la relation non consentie révèle une exploitation ou une contrainte organisée.
  • Loi n° 103-13 relative aux violences faites aux femmes : violence sexuelle déclarée, mécanismes de protection disponibles.
  • Loi n° 65-00 sur la couverture médicale de base et loi-cadre n° 09-21 : accès aux soins pour les personnes en situation de vulnérabilité.
  • Convention relative aux droits de l'enfant : droit à l'enregistrement à la naissance et à une nationalité.
Rôle de l'assistant(e) social(e)
  • Organiser l'entretien, afin de garantir la qualité de la communication et du consentement.
  • Évaluer les besoins immédiats : soins post-partum, alimentation, hébergement sécurisé, protection contre la violence, accès aux médicaments.
  • Recueillir tous les éléments disponibles sur l'identité de la mère : pays d'origine, documents partiels, carte de réfugié si disponible, contact consulaire, données biographiques.
  • Signaler la situation à la hiérarchie hospitalière si la relation non consentie laisse suspecter une violence sexuelle ou une exploitation.
  • Coordonner avec le service médical pour l'examen du nouveau-né, la constitution du certificat médical et l'avis de naissance hospitalier.
  • Engager les démarches d'état civil avec l'administration compétente pour garantir l'identité juridique de l'enfant.
  • Orienter vers le HCR, une association de protection des migrants ou une cellule juridique spécialisée pour la régularisation et la protection de la mère.
  • Identifier un hébergement adapté : foyer de migrants, association, structure sociale ou réseau d'hébergement solidaire.
  • Préparer un plan de sortie incluant le suivi médical de la mère, le suivi pédiatrique du nouveau-né et les rendez-vous administratifs.
  • Archivage du dossier et traçabilité des transmissions, orientations et partenaires mobilisés.
Points de vigilance : ne jamais laisser la mère sortir sans orientation vers un hébergement et une structure d'accompagnement. La barrière linguistique ne doit pas être un obstacle à la qualité de l'information donnée. L'absence de documents n'empêche pas l'accès aux soins ni l'enregistrement à l'état civil. Travailler en réseau avec les associations de protection des migrants dès le premier contact.
Documents à constituer
📄 Avis de naissance (accouchement hospitalier) 📄 Certificat médical pédiatrique 📄 Rapport social d'évaluation 📄 Note interne si violence sexuelle signalée 📄 Fiche de liaison hébergement / association 📄 Contacts transmis : HCR, association, état civil
Partenaires mobilisés
🏥 Maternité / Pédiatrie ⚖️ Police Judiciare / Parquet 🌍 HCR / Associations migrants ⚖️ Cellule FVV (violence sexuelle) 🏘️ Hébergement migrants / Foyer 🧠 Psychologue 🏛️ Consulat ou ambassade pays d'origine
👶

Enfants abandonnés

Circuit hospitalier, pédiatrie, police/gendarmerie, placement et kafala.

Urgence médico-sociale Mère inconnue Police judiciaire
CAS 1 — Nouveau-né trouvé dans la rue et amené par la police judiciaire

Un nouveau-né de quelques jours est retrouvé dans un espace public et amené aux urgences par la police judiciaire. Mère inconnue, lieu de naissance non établi, aucun document disponible. Procédure de protection de l'enfance d'urgence.

Spécificités par rapport à un enfant né à l'hôpital

L'hôpital ne peut pas établir un avis de naissance : la mère est inconnue et l'accouchement n'a pas eu lieu dans l'établissement. Le rôle de l'hôpital est limité à l'accueil, l'examen médical, la stabilisation et la coordination avec la police judiciaire, le parquet et le centre d'accueil.

🚫 Aucun avis de naissance hospitalier ne doit être établi dans ce cas. La mère est inconnue et le lieu de naissance n'est pas identifié.
Cadre juridique applicable
  • Loi relative à la kafala : définit l'enfant abandonné, organise déclaration d'abandon, placement provisoire, tutelle et kafala
  • Législation état civil : le Procureur du Roi engage les démarches d'inscription
  • Code de la nationalité : dispositions pour l'enfant né au Maroc de parents inconnus
  • Loi sur les établissements de protection sociale : accueil institutionnel
  • Convention relative aux droits de l'enfant : droit à une identité, enregistrement, protection
Conduite à tenir dès l'arrivée aux urgences
  • Ouverture d'un dossier médico-social : identification de l'autorité accompagnante, heure, lieu de découverte, circonstances rapportées, état apparent
  • Orientation immédiate vers la pédiatrie : âge approximatif, état général, poids, température, hydratation, signes de négligence ou infection
  • Si état satisfaisant → certificat médical pour procédure de placement
  • Si hospitalisation nécessaire → informer la police judiciaire dès que l'enfant est apte au transfert
  • La police judiciaire rédige le PV (circonstances de découverte) et prépare la demande de placement
  • L'assistant social facilite la coordination, vérifie les documents et assure la liaison
Transfert et clôture du dossier

Le transfert vers le centre d'accueil doit être formalisé et sécurisé. Le centre reçoit toutes les informations médicales utiles. La clôture du dossier hospitalier n'intervient qu'après archivage complet : heure d'arrivée, service, autorité, circonstances, examen pédiatrique, PV, demande de placement, nom du centre, date et modalités du transfert, identité des personnes ayant réceptionné l'enfant.

Documents à constituer
📄 Certificat médical pédiatrique 📄 PV police judiciaire 📄 Demande de placement 📄 Transmissions médicales et sociales 🚫 PAS d'avis de naissance hospitalier
Partenaires mobilisés
🏥 Urgences 🏥 Pédiatrie 🚔 Police judiciaire ⚖️ Procureur du Roi 🏢 Centre d'accueil enfants abandonnés ⚖️ Juge des tutelles 📋 Services d'état civil 👶 Protection de l'enfance
Urgence médico-sociale Famille défaillante identifiée Hospitalisation prolongée
CAS 2 — Enfant hospitalisé dont la famille cesse progressivement les visites et le délaisse

Un nourrisson de 4 mois est hospitalisé en pédiatrie. Les parents, présents les premiers jours, espacent leurs visites avant de cesser tout contact depuis deux semaines. Aucune réponse au téléphone, aucune visite. L'enfant est médicalement stabilisé mais sans possibilité de sortie. La situation évolue vers un abandon progressif en milieu hospitalier.

Contexte et spécificités

Contrairement à l'abandon immédiat à la naissance, l'abandon progressif en milieu hospitalier constitue une situation particulièrement complexe : la famille est identifiée, l'enfant possède un état civil, et les parents n'ont formellement exprimé aucune volonté d'abandon. Pourtant, l'absence prolongée et l'impossibilité de contact placent l'enfant dans une situation de fait assimilable à un abandon, sans que la procédure judiciaire puisse être déclenchée immédiatement sans documentation sérieuse.

🚨 L'enfant est médicalement prêt pour la sortie mais n'a aucun lieu d'accueil. Toute sortie sans famille ou structure désignée est impossible. La procédure judiciaire de déclaration d'abandon ne peut être engagée qu'après documentation rigoureuse des démarches infructueuses de recherche familiale.
Cadre juridique applicable
  • Loi n° 15-01 relative à la kafala : définition de l'enfant abandonné incluant les situations où les parents ne remplissent pas leurs devoirs de protection — applicable après documentation de l'abandon.
  • Code de la famille — article 54 : obligation des parents d'assurer la protection, la santé et le développement de l'enfant.
  • Constitution marocaine — article 32 : protection juridique, sociale et morale de tous les enfants sans discrimination.
  • Loi n° 65-15 relative aux établissements de protection sociale : placement provisoire en attendant la décision judiciaire.
  • Dispositif territorial intégré de protection de l'enfance : coordination santé-justice-social pour les enfants en danger.
  • Procédure interne hospitalière de signalement : obligation d'alerter la hiérarchie et de documenter avant tout signalement judiciaire.
Rôle de l'assistant(e) social(e)
  • Ouvrir immédiatement un dossier médico-social documentant l'évolution de la situation : dates des visites, dates des absences, appels téléphoniques tentés et sans réponse.
  • Multiplier les tentatives de contact : numéros connus, adresse du domicile déclaré, voisins si accessible, autorité locale du quartier, Caïd, associations du secteur.
  • Documentation immédiate : journal de suivi avec dates de visites, absences, appels tentés, réponses obtenues ou absence de réponse.
  • Coordonner avec l'équipe pédiatrique pour obtenir un état médical actualisé et confirmer la possibilité de sortie.
  • Informer la hiérarchie hospitalière de la situation dès que l'abandon progressif est documenté sur deux à trois semaines sans contact.
  • Engager, en coordination avec la direction, la communication avec le Procureur du Roi pour évaluation judiciaire de la situation.
  • Transmission au Procureur du Roi du dossier documenté pour évaluation et décision judiciaire.
  • le Procureur du Roi ordonne un placement provisoire
  • Préparer le dossier : rapport social complet, certificat médical pédiatrique, état civil de l'enfant (si disponible), historique documenté des contacts tentés.
  • Assurer la traçabilité intégrale et archiver toutes les transmissions, dates et contacts dans le dossier social hospitalier.
Points de vigilance : ne jamais engager la procédure judiciaire sans documentation préalable rigoureuse. La famille peut réapparaître avec une explication légitime (hospitalisation, détention, accident). Chaque tentative de contact doit être datée et consignée. L'enfant ne doit en aucun cas être transféré sans décision formalisée.
Documents à constituer
📄 Journal de suivi daté (visites, absences, appels) 📄 Rapport social d'évaluation complet 📄 Certificat médical pédiatrique actualisé 📄 État civil de l'enfant (si disponible) 📄 Transmission au Procureur du Roi 📄 Décision judiciaire de placement provisoire 📄 Demande de placement au centre d'accueil
Partenaires mobilisés
🏥 Pédiatrie 📋 Direction hospitalière ⚖️ Procureur du Roi 🏛️ Autorité locale (Caïd) 🤝 Entraide Nationale 🏢 Centre d'accueil enfants abandonnés ⚖️ Juge des tutelles (après déclaration d'abandon) 👶 Dispositif territorial protection enfance
Demande mal orientée Couple candidate à la kafala Information et réorientation judiciaire
CAS 3 — Un couple se présente à l'hôpital pour demander la kafala d'un enfant abandonné : information, limites du rôle hospitalier et réorientation

Un couple marié sans enfants se présente au service social hospitalier après avoir appris qu'un nourrisson abandonné est hébergé dans l'établissement. Ils souhaitent en assurer la kafala. La situation illustre une demande légitime mais mal orientée : la kafala est une procédure judiciaire qui ne passe pas par l'hôpital. Le rôle de l'AS se limite à informer, corriger l'orientation et orienter vers le circuit compétent.

Contexte et enjeux

Il arrive que des personnes ou des familles souhaitant obtenir la kafala d'un enfant se rendent directement à l'hôpital, croyant que c'est là que la démarche s'initie. Cette situation, fréquente sur le terrain, révèle une méconnaissance du circuit légal. L'hôpital n'est pas l'autorité compétente pour recevoir, instruire ni accorder une demande de kafala. La procédure de kafala est exclusivement judiciaire et relève du juge des tutelles. L'enfant hospitalisé ou en attente de placement ne peut être remis à aucune personne sans décision judiciaire formelle, quelle que soit la bonne foi du demandeur.

🚫 L'hôpital n'est pas compétent pour recevoir ni traiter une demande de kafala. L'assistant(e) social(e) hospitalier(e) n'a aucun rôle, direct ou indirect, dans la procédure de kafala. Toute remise d'un enfant sans décision judiciaire constitue une irrégularité grave. Le rôle de l'AS se limite à informer et à réorienter vers le Tribunal de Première Instance compétent.
Ce que la situation n'est pas

Cette situation n'est pas une procédure sociale hospitalière. Elle ne génère pas de rapport social, pas d'évaluation des conditions d'accueil du couple, pas de fiche de liaison avec un tribunal. L'AS ne joue aucun rôle intermédiaire entre le couple et la procédure judiciaire.

⚠️ Si l'AS acceptait de constituer un dossier, d'évaluer le couple ou de transmettre des informations au tribunal en dehors d'une désignation judiciaire officielle, il outrepasserait son rôle et engagerait sa responsabilité professionnelle. L'information et la réorientation sont l'unique réponse correcte.
Cadre juridique applicable
  • Loi n° 15-01 relative à la kafala : la procédure de kafala est initiée devant le juge des tutelles du Tribunal de Première Instance du lieu de résidence du demandeur — et non devant l'hôpital.
  • Loi n° 15-01 — placement provisoire : l'enfant abandonné est placé dans un centre d'accueil agréé par décision des autorités compétentes ; il n'est pas remis directement à une famille sur demande.
  • دليل النيابة العامة في شأن كفالة الأطفال المهملين
  • Convention relative aux droits de l'enfant : l'intérêt supérieur de l'enfant exige que toute décision le concernant soit prise par l'autorité judiciaire compétente, selon une procédure garantissant sa protection.
Rôle de l'assistant(e) social(e)
  • Recevoir le couple avec respect et écoute, sans les décourager ni les orienter vers d'autres services internes de l'hôpital.
  • Expliquer clairement que l'hôpital n'est pas l'autorité compétente pour une demande de kafala et que cette démarche ne passe pas par le service social hospitalier.
  • Informer le couple que la procédure de kafala s'initie exclusivement devant le Tribunal de Première Instance du lieu de leur résidence.
  • Indiquer, à titre indicatif, les pièces généralement constituées pour une demande de kafala : CIN des deux époux, acte de mariage, attestation de domicile, ressources, certificats médicaux, casier judiciaire — sans constituer ni vérifier ce dossier.
  • Préciser que l'enfant demeure sous la responsabilité des autorités judiciaires et du centre d'accueil désigné, et qu'aucune information nominative sur l'enfant ne peut leur être communiquée.
  • Consigner brièvement dans le dossier du service social : date de la visite, nature de la demande, information donnée, réorientation effectuée.
Ce que l'AS peut dire au couple : « Votre démarche est légitime, mais elle ne se fait pas à l'hôpital. Pour demander la kafala d'un enfant abandonné, vous devez vous adresser directement au Tribunal de Première Instance de votre lieu de résidence. C'est lui qui instruit les demandes de kafala, ordonne les enquêtes nécessaires et prend la décision. Nous ne sommes pas compétents pour initier, accompagner ni transmettre cette démarche. »
Documents à constituer
📄 Note interne : date de la visite, nature de la demande, réorientation effectuée 🚫 Aucun rapport social pour la kafala 🚫 Aucune information communiquée sur l'enfant 🚫 Aucun dossier constitué pour le couple
Où orienter le couple
⚖️ Juge des tutelles — Tribunal de Première Instance du lieu de résidence ⚖️ Procureur du Roi — TPI compétent 🏢 Centre d'accueil et de protection de l'enfance (information générale)
🤝

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